Et si la science permettait d’approcher le timbre d’un roi de France des siècles après sa mort ? L’hôpital Foch a pris part à un projet aussi fascinant qu’exigeant : reconstituer un son vocal plausible d’Henri IV, à partir de l’anatomie préservée de sa tête momifiée.
On connaissait la couleur de son cheval blanc, mais pas le son de sa voix… C‘est désormais (presque) chose faite ! À l’origine de cette aventure scientifique un peu timbrée, une rencontre entre plusieurs disciplines. Sollicité par le médecin légiste Philippe Charlier, directeur du Laboratoire anthropologie, archéologie, biologie (LAAB) de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (et éminent spécialiste du crâne momifié d’Henri IV) le docteur Robin Baudouin, chirurgien ORL à l’hôpital Foch, a participé aux recherches concernant la tête du fameux souverain. On peut même dire qu’il leur a ouvert la voix… « Lorsque j’ai été invité à observer le scanner, j’ai été frappé par l’anatomie du larynx, qui semblait remarquablement préservée malgré les siècles. »
L’objectif n’est alors pas de faire « parler » Henri IV, mais de partir de son anatomie pour approcher une résonance vocale crédible.
« Nous avons cherché à reconstruire un son plausible. Ce n’est pas sa voix au sens strict. À ce jour, nous sommes parvenus à reconstituer un son plausible de voyelles. »
Grâce à cette étude, les chercheurs sont néanmoins en mesure d’apporter des données objectives (timbre, résonance) pour, peut-être, reconstituer, plus tard la voix du souverain connu pour son éloquence.
Une avancée pour l’histoire… et pour les patients.
Au-delà de son intérêt historique, cette recherche ouvre surtout des perspectives concrètes pour la médecine. Ainsi, après sa fameuse poule-au-pot, il semblerait que le bon roi continue, des siècles plus tard, à servir l’intérêt de ses prochains. À l’hôpital Foch, les équipes ORL travaillent en effet à préserver la voix des patients atteints de maladies du larynx, notamment en cancérologie.
« Ce projet éclaire directement notre pratique. Nous cherchons à traiter le cancer tout en préservant des fonctions essentielles : parler et manger. L’idée, à terme, est de reproduire ce que nous avons fait sur une anatomie modifiée par la maladie ou le bistouri du chirurgien. »
Pour le docteur Robin Baudoin, Henri IV a également permis la rencontre de trois mondes : l’anthropologie, portée par le laboratoire exceptionnel dirigé par Philippe Charlier, les cliniciens de Foch (dont le professeur Stéphane Hans) et les chercheurs du Laboratoire de phonétique et phonologie de Paris. « Nous ne sommes pas dans le spectaculaire avec une vidéo instagrammable du crâne d’Henri IV et de sa voix reconstituée. Il s’agit d’une recherche rigoureuse, avec l’espoir qu’un jour, ces travaux bénéficient directement aux patients. » Une manière de faire résonner le passé au service de la médecine de demain.