À la fin du 19e siècle, Suresnes devient l’escapade privilégiée des Parisiens. Loin du tumulte de la capitale, on se presse dans ses guinguettes pour danser, rire et trinquer dans un cadre champêtre.
Le saviez-vous ?
Le terme « guinguette » désignait à l’origine un cabaret populaire où l’on servait du guinguet, un vin blanc léger vendu hors des murs de Paris. Meilleur marché que dans la capitale, il favorisa l’essor de ces établissements. Aujourd’hui, Les Belles Aires ou Le Père Lapin (créé en 1861) reprennent l’esprit des guinguettes d’antan.
La Belle Gabrielle, La Belle Cycliste, Le Moulin Rose, Au Rendez-vous des Canotiers… Autant de noms qui, il y a deux siècles, sonnaient comme la promesse de moments joyeux et conviviaux. Suresnes est alors un village verdoyant aux portes de Paris. Dès le 17e siècle, des guinguettes y fleurissent sur les pentes du mont Valérien et les berges de la Seine. Bien que l’installation de marchands de vin soit réglementée à partir de 1642, leur développement se poursuit, porté par le charme champêtre des lieux et la réputation de son vin local.
Friture, accordéon et « petit bleu »
L’âge d’or des guinguettes coïncide avec l’essor industriel et l’arrivée du chemin de fer. À partir de 1839, le train relie Paris à Suresnes en une trentaine de minutes et amène son flot de visiteurs en quête de détente. On vient y déguster des plats typiques de l’époque, matelote de poissons de la Seine, friture de goujons, gibelotte de lapin, le tout arrosé d’un vin blanc léger, le fameux « petit bleu » de Suresnes. Peintres et écrivains immortalisent ces scènes de fête : robes tournoyant au son de l’accordéon, canotiers embarquant pour une promenade fluviale, longues tablées animées à l’ombre des arbres.
Des dimanches populaires
Au tournant du 20e siècle, la loi instaurant le repos dominical (1906) donne un nouvel élan à cette ferveur. Libérés du travail le dimanche, ouvriers et employés affluent vers les guinguettes, qui deviennent le théâtre d’une sociabilité joyeuse et populaire, où toutes les générations et tous les milieux se côtoient. Mais comme ailleurs en région parisienne,
le vent tourne au milieu du 20e siècle. L’essor de l’automobile, la transformation des loisirs et l’urbanisation progressive modifient les habitudes. Peu à peu, les guinguettes traditionnelles ferment leurs portes ou se métamorphosent en cafés et restaurants plus modernes. Aujourd’hui, si les guinguettes historiques de Suresnes ont disparu du paysage, leur mémoire demeure dans les archives, notamment dans les cartes postales anciennes du MUS (Musée d’histoire Urbaine et Sociale).