Pour quelles causes s’engage-t-on aujourd’hui ? Comment enjeux globaux et actions locales s’articulent-ils ? Réponse avec la sociologue spécialiste de l’engagement Claire Thoury.
Votre hypothèse est celle d’un passage à une troisième ère de l’engagement. Pouvez-vous nous expliquer ?
Dans l’ouvrage La Fin des militants ?, paru en 1997, le sociologue Jacques Ion distingue deux ères. Celle qui débute après la Seconde Guerre mondiale est caractérisée par un engagement total, intense, qui se diffuse à toutes les sphères de la vie, et qui est lié à l’adhésion à une structure, souvent un parti politique. La deuxième ère se développe dans les années 70 : l’individu veut désormais s’épanouir, trouver du sens, se réaliser lui-même. Avec la chute du mur de Berlin qui marque la fin des grandes idéologies, on s’engage au profit d’une cause plutôt que d’une structure, en attendant des résultats concrets et immédiats.
Aujourd’hui nous sommes, selon moi, entrés dans la troisième ère : celle d’une aspiration à un changement profond, systémique, rapide, notamment chez les jeunes. On assiste donc au retour du collectif, mais il n’est pas question de tout sacrifier pour une association ou une structure. Il s’agit de changer le monde, mais aussi de s’épanouir.
Quelles sont les thématiques moteurs de l’engagement aujourd’hui ?
L’écologie, l’égalité femmes-hommes, la lutte contre le patriarcat sont autant de grandes causes mobilisatrices. Les actions de solidarité et d’entraide ainsi que l’engagement sportif et culturel, de dynamique locale, restent également très
importantes.
L’action locale reste-t-elle, justement, le point d’entrée privilégié de l’engagement ?
Oui, tout à fait. Même si l’on entend souvent parler d’associations nationales, l’action
associative est territoriale. Dans la grande quête de sens actuelle, encore faut-il
pouvoir donner une dimension opérationnelle à ce en quoi l’on croit. Les associations
donnent le pouvoir d’agir de façon très ciblée, très locale, très concrète et avec un
effet presque immédiat. Elles permettent aux individus de sortir d’eux-mêmes, de
recréer et d’investir des espaces où ils vont rencontrer des gens qui partagent leurs
aspirations et combats.
En quelques chiffres
Avec ses 20 millions de bénévoles et 1,8 million de salariés, le monde associatif est l’une des forces vives les plus puissantes de notre pays.
Depuis 2019, la part des moins de 35 ans engagés dans des associations a dépassé celle des plus de 65 ans.