Juliette Pinot est Médecin généraliste, présidente de la CPTS de Suresnes, et Maître de Conférence Universitaire en médecine générale à l’Université Paris Cité. Elle fait part de son regard sur la situation de la santé à Suresnes.
Suresnes est parfois qualifiée de désert médical. Quel est votre constat ?
Comme dans une grande partie de la France, le nombre de praticiens est insuffisant mais Suresnes ne semble pas plus en difficulté que les communes voisines. L’accès aux soins de premiers recours (médecins généralistes, infirmiers, orthophonistes, kinésithérapeutes…) est effectivement compliqué : par exemple, les délais pour une prise en charge orthophoniste peuvent être d’un an. En revanche, l’accès aux spécialistes est moins problématique en région parisienne qu’ailleurs en France avec toutefois des dépassements d’honoraires qui peuvent être un frein pour les patients.
Les chiffres montrent que Suresnes, en termes de difficulté d’accès aux soins, est dans la moyenne du département voire un peu mieux que la moyenne.
Y a-t-il assez de médecins généralistes ?
Nous recensons 32 médecins généralistes mais tous n’exercent pas à temps plein (certains ont une activité hospitalière ou universitaire par exemple). Pour 49 000
habitants, Suresnes est en dessous de la moyenne.
La démographie des médecins est en baisse et il est difficile d’inverser la tendance, avec notamment des structures de soins non programmés et de téléconsultations. Ces lieux attirent les jeunes médecins, sans qu’ils ne puissent prendre en charge les patients comme médecin traitant.
Existe-t-il des pistes pour améliorer cette situation ?
L’une des ambitions de la ville de Suresnes comme de la CPTS est de rendre le territoire encore plus at tractif pour les professionnels.
Nous développons la coordination, les parcours de soins, la coopération entre les professionnels de la ville mais aussi avec l’hôpital et tous les acteurs du territoire, dans le but de faciliter l’exercice au quotidien. La Ville aide les professionnels de santé à s’installer, notamment en les accompagnant pour trouver les locaux adaptés avec un loyer maitrisé leur permettant d’exercer en secteur 1. La mobilisation des professionnels de santé est aussi essentielle pour faire connaître le territoire aux étudiants en devenant maîtres de stage. Par cette découverte, certains étudiants s’y
installeront peut-être par la suite.
La présence d’un hôpital important et reconnu et de nombreuses entreprises du secteur de la santé est-elle un atout ?
Cela ne peut que renforcer l’attractivité du territoire surtout si cela offre aux professionnels des ressources facilement accessibles pour les aider dans la prise en charge des patients.
CPTS : s’organiser sur un même territoire pour renforcer les soins aux patients
La Communauté professionnelle territoriale de santé regroupe les professionnels du territoire qui souhaitent s’organiser autour d’un projet de santé pour répondre à des problématiques communes. Ainsi, elle a mis en place, avec les CPTS de Rueil-Malmaison et Nanterre, une Maison médicale de garde située au sein de l’hôpital Foch. Cette structure assure la permanence des soins lorsque les cabinets médicaux sont fermés (le soir en semaine de 20h à minuit, le samedi de 16h à minuit et le dimanche de 9h à 19h).
La CPTS axe ses actions sur différentes thématiques : comme la formalisation des parcours de soins (en santé mentale ou dans la prise en charge de la douleur par exemple), la communication grand public autour de la santé sexuelle et de l’incontinence urinaire, le développement de ressources pour faire découvrir le territoire aux nouveaux installés, la prise en charge du handicap, le sport santé, le
repérage des troubles dans les apprentissages des enfants…