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Les congés maternité

Les Congés Maternité, indemnisés en 1970 et prolongés à 16 semaines en 1980, ont été, pour toutes les femmes, une petite révolution.

Paulette Aubertin, 85 ans et Cassandre

Cassandre : Quel âge avez-vous ?
Paulette Aubertin : Je suis née le 6 février 1930 et je vais avoir 85 ans en février.

C. : Quel droit accordé aux femmes vous a le plus marquée ?
P. A. : La loi qui a donné à la femme le droit d’avoir un emploi sans l’autorisation de son mari en 1965 est une chose qui m’a grandement marquée. Ce qui était important aussi ce sont les congés maternité. Quand ils ont été indemnisés en 1970 et portés à 16 semaines en 1980, 6 semaines avant et 10 semaines après. C’était une belle chose de faite. Pour toutes les femmes, ça a quand même été une petite révolution.

C. : Quel âge aviez-vous quand les femmes ont eu le droit de vote ?
P. A. : La première fois que les femmes ont pu voter en France c’était le 29 avril 1945 pour les élections municipales et cette année-là j’avais 15 ans, donc je ne votais pas encore. J’ai voté pour la première fois en 1952, quand j’ai eu 22 ans.

C. : Et ça vous était égal ou vous étiez contente d’avoir le droit de vote ?
P. A. : Bien sûr que j’étais contente, nous pouvions enfin nous exprimer !

C. : Vous souvenez-vous de ce jour-là, quand vous êtes allée voter pour la première fois?
P. A. : Oui, je m’en souviens encore. Je suis allée voter pour la première fois rue Monge à Paris. Je ne me souviens pas quel était le type d’élection organisé cette année-là, ni pour qui j’ai voté, mais je me souviens très bien du moment où j’ai mis mon bulletin dans l’urne.

C. : Quel métier faisiez-vous? 
P. A. : Mon dernier métier était « employée de bureau » dans une maison de chauffage. Là-bas je tapais à la machine, j’envoyais les commandes aux clients, je faisais un peu tout.

C. : Et avez-vous subi des discriminations ? 
P. A. : Oui, j’ai été victime d’injustices. Quand j’ai été embauchée en tant qu’employée de bureau, je me suis retrouvée avec deux messieurs qui m’en ont fait voir de toutes les couleurs. Ils travaillaient tous les deux-là depuis longtemps et comme je venais de la direction d’une autre maison qui m’avait recommandée, ils ont eu peur pour leur poste. En réalité, je n’avais absolument pas l’intention de prendre leur place.

C. : Et que faisaient-ils ?
P. A. : Ils n’arrêtaient pas de me provoquer, toujours en train de chercher la petite bête, toujours à souligner ce qui n’allait pas. C’était du harcèlement. 

C. : Avez-vous eu des enfants ?
P. A. : J’en ai eu deux, un garçon qui est aujourd’hui décédé à cause d’un cancer, et une fille qui a 54 ans et qui est formatrice infirmière.

C. : Ce ne devait pas être facile d’avoir des enfants compte tenu du fait que les salaires étaient moins importants que maintenant. 
P. A. : En plus, à l’époque, il n’y avait pas autant d’aides que maintenant pour les familles. Il n’y avait pas non plus de structures pour garder les enfants. Comme nous manquions de moyens, j’ai dû recommencer à travailler.

C. : Est-ce que votre mari vous soutenait dans votre travail ?
P. A. : Mon emploi était une source de conflit entre mon mari et moi, et c’est pour cela qu’il a fini par partir, quand ma fille avait 12 ans. Il ne m’a jamais donné un sou pour les enfants. Comme c’était très difficile d’être mère célibataire sans aides, nous sommes allés en justice et il a été condamné à me verser une pension alimentaire, pour les enfants et moi. Mais il ne l’a jamais fait. Quand je lui ai réclamé, il m’a répondu que puisqu’il n’avait pas d’argent, il ne pouvait pas m’en donner, et que si je continuais mes démarches, il irait en prison et je n’aurais pas plus d’argent. Cela m’a effrayée et j’ai tout arrêté. Je n’avais pas plus d’argent que lui et j’ai été obligée de me débrouiller toute seule. L’ironie du sort, c’est que maintenant il est dans le besoin et il est à l’hôpital. Et l’hôpital a appelé ma fille qui va devoir lui verser une pension alors que jamais il ne lui a donné quoi que ce soit. 

C. : Donc il n’a pas assumé son rôle de père ?
P. A. : Non pas du tout.

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