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Le partage des tâches au sein des couples

Il n’y avait aucun partage des tâches au sein des couples. J’ai été obligée d’abandonner l’entreprise que j’avais créée pour élever mes enfants.

Agnès Damour, 68 ans et Cassandre

Cassandre : Quel âge avez-vous ?
Agnès Damour : j’ai 68 ans, je suis née en 1947.

C. : Quelle avancée du droit des femmes vous a le plus marquée ?
A. D. : Le droit des femmes qui m’a le plus marquée, c’est certainement le droit de vote en 1944, même si je n’étais pas encore née. Mon père trouvait élémentaire que les femmes puissent voter et il avait de grandes ambitions pour moi. Il y a aussi la loi Veil pour le droit à l’avortement en 1975 et la libre circulation de la pilule en 1967 qui m’ont beaucoup marquée.

C. : Comment est-ce que la contraception a marqué votre vie ?
A. D. : J’ai été l’une des premières utilisatrices de la pilule et j’y suis restée très favorable. A mon sens, il faudrait même que ce soit encore plus facile d’accès.

C. : Quelles sont les études que vous avez faites ?
A. D. : Je suis diplômée d’une licence d’anglais et le seul métier qui s’ouvrait à moi à l’époque c’était professeure d’anglais, mais ce n’était pas ce que je voulais faire.

C. : Finalement qu’avez-vous fait ?
A. D. : Je me suis mariée en 1970, j’avais 23 ans à l’époque et j’ai arrêté de travailler pour élever mes deux enfants. Quand j’ai pu reprendre le travail, je suis tout de même devenue professeure mais dans le cadre de cours en entreprise. Après un différend juridique avec mon employeur je me suis mise à mon compte en récupérant des clients, en me créant un réseau et en prospectant autour de moi. J’ai pu ainsi créer mon entreprise. Mais, en étant à mon compte, j’étais très prise et mon mari ne m’aidait pas.

C. : Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie personnelle ?
A. D. : Ce fut très difficile. J’avais mes deux enfants auxquels je tenais par dessus tout et mon emploi du temps s’articulait autour des horaires des enfants. Cela n’était pas du tout compatible avec une réussite professionnelle semblable à celle de mon mari, qui avait lui aussi créé sa propre entreprise. Il faut se demander si les pères ont le même sens des responsabilités au quotidien que les mères ? J’ai dû faire des choix professionnels : soit je décidais de garder mon entreprise, mais elle ne représentait pas un revenu sûr, soit je passais le Capes et je devenais enseignante. C’est ce que j’ai été obligée de faire et j’en garde un souvenir très douloureux car je n’étais pas faite pour ça. En 1993, nous avons fini par divorcer par consentement mutuel.

C. : Avez-vous milité pour le mouvement pour les droits des femmes ?
A. D. : À 30 ans, j’étais pour le Mouvement de libération des femmes. Je n’étais pas militante mais j’en parlais haut et fort. Légalement nous avons gagné des droits qui nous étaient dus mais dans les faits, ça ne suit toujours pas. Aujourd’hui, il se passe la même chose entre ma fille et mon gendre qu’entre moi et mon ex-mari, mais c’était plutôt le contraire dans le couple de mon fils et de son épouse. Je suis plutôt pessimiste concernant la répartition des tâches entre l’homme et la femme. Il n’est pas possible de légiférer sur ce sujet pour que le mari s’occupe des enfants, le matin, quand ils ont de la fièvre. Les femmes continuent d’être celles qui, au plus profond, se sentent responsables du foyer. De mon côté, j’avais même acheté une poupée à mon fils et un train à ma fille ! Je défendais les droits qui me paraissaient imprescriptibles mais j’ai fini par me taire car nous étions en butte aux railleries et à l’humiliation.

C. : Qu’est-ce qu’il reste à améliorer pour les femmes aujourd’hui ?
A. D. : J’ai entendu parler des inégalités de fait dans les entreprises. Il y a toujours des freins à l’épanouissement des femmes. Dans la théorie et dans les textes de loi nous avons en France à peu près les mêmes droits que les hommes, c’est au niveau de la pratique que les choses doivent s’améliorer.

C. : Quels sont les enjeux actuels des droits des femmes ?
A. D. : Pour moi, l’enjeu actuel du droit des femmes est qu’elles obtiennent la liberté de faire le métier souhaité, sans aucun frein et grâce à une meilleure organisation au sein du couple. Si toi tu pouvais y arriver, Cassandre, je serais très contente pour toi.

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