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Le harcèlement sexuel

Avant 1992, aucune loi ne sanctionnait le harcèlement sexuel. Les hommes me sifflaient et m’interpellaient dans l’entreprise où je travaillais, personne ne faisait rien.

Colette Guillard, 80 ans et Aya

Aya : Quel âge avez-vous ?
Colette Guillard : j’ai 80 ans, je suis née en 1934.

A. : Vous êtes mariée ?
C. G. : Oui, j’ai été mariée et je suis veuve maintenant.

A. : Est-ce que vous avez eu une activité professionnelle ?
C. G. : Je n’ai pas eu de carrière à proprement parler, mais de nombreuses activités professionnelles. J’ai commencé à travailler à l’âge de 12 ans, à votre âge.

A. : Quelles avancées concernant les droits des femmes vous ont le plus marquée ?
C. G. : La question est vaste car il y en a beaucoup qui m’ont marquée. La première avancée qui m’a beaucoup marquée fut le droit de vote en 1944. J’ai estimé que nous existions enfin à part entière. Ensuite la contraception, qui est une avancée formidable. De même, les évolutions concernant la vie professionnelle des femmes sont remarquables. J’ai eu la chance de travailler pour la mairie de Suresnes et c’est vrai que dans le service public nous étions bien traitées. Mais en dehors de ça, je trouve que les femmes sont vraiment discriminées dans le travail et j’en ai beaucoup souffert.

A. : Et en parlant du droit de vote, quel âge aviez-vous quand vous avez voté la première
fois ?
C. G. : Quand j’ai voté pour la première fois j’avais 21 ans, je venais de me marier. Et dans ma tête, être mariée, c’était ne plus demander la permission à ma mère de sortir ou de voir des amis. C’était un sentiment illusoire mais j’ai eu l’impression d’être libre enfin. Et le droit de vote est venu confirmer ce sentiment de liberté. Je me sentais adulte et libre enfin.

A. : Et comme vous aviez seulement 9 ans quand le droit de vote a été accordé, vous en souvenez-vous ?
C. G. : Mes parents étaient séparés et concernant le droit de vote des femmes c’est ma mère qui m’a expliqué. J’ai trouvé ça formidable. Je me souviens très bien qu’à l’époque les femmes y sont allées en portant leurs plus beaux chapeaux. C’était un évènement extraordinaire ! J’étais très fière d’accompagner ma mère. J’ai trouvé que c’était un acte presque héroïque.

A. : Est-ce que vos parents vous ont imposé un choix dans les études ?
C. G. : Très tôt je savais ce que je voulais faire, je voulais être chirurgienne. Petite, j’autopsiais mes poupées, mes ours. J’étais persuadée qu’il suffisait de grandir et qu’un jour je serais chirurgienne. Après, quand j’ai eu des emplois pénibles et tout à fait contraires à mes goûts personnels, j’ai compris que je ne pourrais jamais être médecin. Alors, je me suis cultivée par moi-même, j’ai pris des cours du soir, pour essayer d’avoir ce qu’on appelle ‘un petit vernis’.

A. : Est-ce que vous avez eu des difficultés à concilier votre vie de famille et votre vie professionnelle ?
C. G. : Je n’ai pas eu d’enfant tout de suite parce que avec mon mari, nous étions jeunes et que l’on voulait profiter de la vie. J’ai donc eu ma fille à 27 ans, mais étant donné que mon travail me passionnait, je l’ai faite garder par une nourrice. Peu de temps après, j’ai eu son petit frère et là j’ai tout arrêté pendant 6 ans pour que je puisse endosser mon rôle de maman. Je ne le regrette pas, nous avons été très heureux, même si de ce fait nous n’avions pas beaucoup d’argent.

A. : Après vous avez repris votre travail ? Vous-avez fait des sacrifices ?
C. G. : J’ai dû faire de très gros sacrifices, cela m’a couté un divorce. Mais ce n’est pas le cas de tous les couples. Mon mari, même s’il me soutenait dans le fond, était quand même un peu sexiste. Quand j’ai recommencé à travailler il s’est beaucoup inquiété de ce que pouvaient penser les voisins ou les proches.

A. : Avez-vous subi des discriminations sur votre lieu de travail ?
C. G. : Avant 1992, aucune loi ne sanctionnait le harcèlement sexuel. Quand j’avais entre 16 et 18 ans à peu près, je travaillais dans un grosse entreprise à Courbevoie, je ne citerai pas de noms. Certains jours il fallait aller chercher des documents pour travailler, et il fallait que je passe par une immense pièce, ce qu’on appellerait un open-space maintenant, où des bureaux de messieurs s’alignaient. Et les hommes sifflaient quand je passais par-là, ils m’interpelaient et cela m’angoissait. J’avais les jambes qui tremblaient, je me disais que j’allais tomber. Je pouvais aussi voir accroché aux murs des photographies de femmes déshabillées. J’étais outrée. Le deuxième choc que j’ai vécu en tant que femme, c’était dans une toute petite entreprise, où je travaillais au premier étage. Pour y accéder, il fallait monter un escalier en spirale sans protection. Comme nous n’avions pas le droit de porter des pantalons, alors je portais des jupes les plus serrées et longues possible. Mais mes collègues masculins faisaient exprès de me demander d’aller chercher des papiers, pour permettre aux hommes au rez-de-chaussée de regarder. Les hommes me lançaient "oh elle est mignonne", "aujourd’hui c’est rose". Une ou deux fois j’ai cru que j’allais me trouver mal dans l’escalier. Le harcèlement sexuel au travail, oui je l’ai subi.

A. : Comment étaient réparties les tâches ménagères dans votre couple ?
C. G. : De manière tout à fait inégale. C’est moi qui faisais 90% des tâches, même à l’époque où je travaillais. Mais quand je regarde mes enfants, je vois que les tâches sont beaucoup mieux partagées au sein des couples aujourd’hui.

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