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Le droit d’expression

Le 29 avril 1945 j’ai voté pour la première fois, c’était un évènement : enfin nous avions le droit de nous exprimer.

Françoise Toussaint, 91 ans et Arno

Arno : Quel âge avez-vous ?
Françoise Toussaint : J’ai 91 ans, je suis née en juillet 1923.

A. : Quelles ont été vos activités professionnelles ?
F. T. : Avant la guerre j’ai travaillé comme conditionneuse en parfumerie, et ce jusqu’à mon mariage, en 1943. J’ai arrêté de travailler car j’ai eu les enfants tout de suite après.

A. : Quel est votre niveau d’études ?
F. T. : J’ai obtenu mon certificat d’étude avec mention bien. Après, j’ai fait deux années de cours commerciaux, mais malheureusement, mon père était très malade et ma mère était seule à travailler, elle faisait des ménages. Je n’étais pas douée pour le commercial, j’ai décidé d’arrêter mes études pour commencer à travailler. J’avais 15 ans à l’époque.

A. : Vos parents vous ont-ils imposé un choix d’orientation ?
F. T. : En ce temps-là il n’y avait pas vraiment d’orientation. Si j’avais pu choisir ma voie, j’aurais travaillé dans la restauration parce que j’adore cuisiner. Je n’ai pas fait d’études mais j’ai beaucoup appris et retenu par la lecture, c’est ma passion ; je suis d’ailleurs abonnée à la Médiathèque de Suresnes! Aujourd’hui, c’est devenu normal de s’orienter selon ses aspirations.

A. : En tant que femme, avez-vous pu continuer vos études aussi longtemps que vous le souhaitiez ?
F. T. : Non, je n’ai pas eu la chance de pouvoir choisir mon orientation professionnelle, mais je pense que c’est davantage dû à la guerre et au manque de moyens, qu’au fait d’être une femme.

A. : Quelles avancées concernant le droit des femmes vous ont le plus marquée ?
F. T. : C’est très certainement l’avortement. Aujourd’hui je trouve ça dommage qu’il y ait toujours autant d’avortements en France. Il y a 200 000 avortements par an ! Mais dans un cas de viol, ou encore lorsqu’une femme a déjà quatre ou cinq enfants - surtout quand elle est seule - l’avortement est un droit important. Mais il ne faut pas en faire un pis-aller. Vous savez, quand une femme se fait avorter, c’est un petit traumatisme pour elle et il en reste toujours quelque chose. Aujourd’hui nous avons beaucoup de types de contraception différents, remboursés et malgré cela, il y a encore beaucoup trop d’avortements en France.

A. : Comment avez-vous accueilli la libre circulation de la contraception ?
F. T. : C’est une bonne chose mais il ne faut pas la prendre à la légère non plus. Beaucoup de jeunes filles oublient leur contraception, ou s’imaginent qu’elles ne tomberont pas enceintes lors du premier rapport. Il y a un manque d’éducation et d’information important à ce sujet.

A. : Quel âge aviez-vous quand les femmes françaises ont obtenu le droit de vote ?
F. T. : Le 29 avril 1945, j’ai voté pour la première fois, c’était un évènement : enfin nous avions le droit de nous exprimer. C’était avant la naissance de mon deuxième enfant, j’avais 22 ans. Les femmes se disaient qu’elles n’avaient aucun droit, qu’elles ne pouvaient rien faire sans l’accord de leur mari. La levée de l’incapacité civile des femmes en 1938, la capacité de gérer nos biens et d’avoir un compte en banque, accordée en 1965, ont également bouleversé notre mode de vie. Nous pouvions enfin signer les chèques. À l’époque, mon mari était souvent en déplacement, et si j’avais besoin d’argent alors qu’il était absent, je ne pouvais pas faire de chèques.

A. : Donc avez-vous fait partie d’un mouvement pour les droits des femmes ?
F. T. : Non parce que je n’étais pas renseignée sur ces mouvements et personne n’est venu m’en parler. Mais je suis contente de tout ce qui a été fait à travers ces associations.

A. : Quels sont pour vous les enjeux actuels du droit des femmes ?
F. T. : En priorité, c’est l’inégalité des salaires, parce que c’est vraiment inadmissible que ce ne soit pas encore respecté. Il y a beaucoup de jeunes femmes qui se retrouvent seules et qui gagnent moins que leurs collègues masculins qui travaillent au même endroit. Et beaucoup de ces hommes qui gagnent plus, n’assument pas les mêmes responsabilités familiales. Ça c’est une injustice.

A. : Quel droit aurait pu avoir un impact sur votre vie s’il avait été accordé plus tôt ?
F. T. : Le fait d’avoir le droit de signature sur tous les documents m’aurait changé la vie. Et puis, le droit de vote, car il montre bien qu’on est indépendante des hommes, que nous ne sommes pas obligées d’avoir les mêmes opinions qu’eux. Nous ne sommes plus obligées d’aimer tout ce que font les dirigeants qui nous gouvernent. Avant ça, les femmes étaient vraiment prises pour des mineures, elles étaient à peine considérées comme des êtres humains. J’aurais aimé que toutes ces lois soient votées beaucoup plus tôt.

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