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La répartition des tâches

À mon époque, j’avais peu d’amies qui travaillaient quand elles avaient des enfants. C’était une obligation presque ‘morale’ d’arrêter de travailler.

Christiane Houbaux, 84 ans, Etienne et Michaëlla

Etienne : Quel âge avez-vous et quelle est votre date de naissance ?
Christiane Houbaux : J’ai 84 ans et je suis née en mars 1930.

E. : Quel avancée du droit des femmes vous a le plus marquée ?
C. H. : Le droit de vote m’a beaucoup marquée malgré mon jeune âge. J’avais 17 ans et je me sentais très concernée. J’ai poussé ma mère à aller voter. Je me souviens qu’elle était très contente d’avoir le droit de vote mais il a fallu la pousser car elle n’était pas éduquée comme ça. L’idée d’aller voter a dû lui faire drôle, c’était comme d’aller dans la « cour des grands ».

Michaëlla : Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez voté ?
C. H. : Je me rappelle avoir été très heureuse d’avoir le droit de vote, dès que j’ai pu aller voter je l’ai fait. Mais je n’étais pas très politisée à l’époque. C’est venu après. La politique est une sorte d’apprentissage. Quand j’étais jeune on n’avait pas de cours d’éducation civique, encore moins dans les écoles de filles.

M. : Quel a été votre sentiment ?
C. H. : J’étais très heureuse d’avoir participé à la vie civique, et je n’aurais raté ça pour rien au monde.

E. : Comment avez-vous été concernée par les réformes sur la mixité dans l’enseignement ?
C. H. : J’étais très heureuse quand l’école de mes filles a été transformée pour avoir des classes mixtes. Mais ça a été long à se mettre en place. Je me rappelle que quand je me renseignais pour savoir avec qui elles jouaient dans la cour, elles ne jouaient qu’avec des filles.

E. : Et, qu’est-ce que vous en pensez de la mixité ?
C. H. : Je trouve que c’est une bonne chose. Dans la vie, on est mélangé femmes et hommes et je trouve que c’est normal qu’on se mélange dès l’enfance, filles et garçons.

M. : Quelles sont les lois sur l’égalité professionnelle qui vous ont marquée ?
C. H. : La suppression du « salaire féminin » en 1946. Là où je travaillais, il y avait beaucoup de femmes, et pour cause. Je me suis demandée longtemps pourquoi. Après, j’ai réfléchi et j’ai pensé que comme les femmes étaient moins bien payées que les hommes, cela coûtait moins cher aux entreprises d’engager des femmes plutôt que des hommes.

E. : Comment avez-vous accueilli la libre circulation de la contraception ?
C. H. : Je n’ai pas été éduquée comme ça, donc je l’ai acceptée avec réserve. Je n’en ai jamais bénéficié. Ça ne se faisait pas à l’époque, c’était une question d’éducation, de bienséance. Je pense que certaines personnes en abusent aujourd’hui, mais je sais que dans certains cas c’est nécessaire.

M. : Pour vous l’égalité entre époux a-t-elle changé quelque chose dans votre couple ?
C. H. : Non parce que j’avais un mari qui était très compréhensif. Quand je travaillais, il préparait le diner le soir et quand j’ai eu les enfants, il travaillait toujours mais il m’aidait pour les tâches ménagères et surtout à l’éducation des enfants. Il était en avance sur son temps c’est certain.

M. : De même pour gérer les biens ? Ou le compte en banque ?
C. H. : Le compte en banque était commun, chacun piochait dedans quand il avait besoin, et pour les biens nous nous concertions.

M. : Et concernant les tâches domestiques ?
C. H. : Ce n’étais pas bien défini mais fondé sur l’idée que c’était celui qui était disponible qui faisait. Bien entendu je faisais le plus gros du travail, mais mon mari participait bien.

E. : Quel droit aurait pu avoir un impact sur votre vie si il avait été accordé plus tôt ?
C. H. : En dépit du manque de législation, j’ai eu la chance d’avoir un mari qui me considérait comme une personne. Nous formions un couple où nous avions chacun nos droits et nos devoirs et nous respections chacun l’avis de l’autre.

M. : Concernant la vie des femmes d’aujourd’hui, est-ce qu’il y aurait des choses à améliorer ?
C. H. : Il faudrait reconnaître la valeur des femmes au point de vue du travail. Parce que ce n’est toujours pas reconnu.

E. : Pensez-vous que la vie des jeunes femmes d’aujourd’hui soit plus enviable ?
C. H. : Elles n’ont certainement pas la même mentalité que moi. Dire que leur vie est facile, ça je ne le crois pas, surtout quand elles ont des enfants. Je ne sais pas si elles sont plus heureuses parce qu’elles ont plus d’indépendance mais c’est vrai que c’est toujours elles qui s’occupent des tâches ménagères en rentrant le soir. C’est aussi pour cela que les hommes ont des carrières beaucoup plus prenantes que celles des femmes. À mon époque, j’avais peu d’amies qui travaillaient quand elles avaient des enfants. C’était une obligation presque « morale » d’arrêter de travailler. Et c’était surtout moins fatigant que d’avoir un emploi et de devoir s’occuper du foyer en même temps.

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