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La carrière

A mon époque, les femmes n’avaient pas le droit d’avoir de l’ambition. Vouloir faire médecine par exemple était très mal vu.

Anne Belleville, 92 ans et Quentin

Quentin : Quel âge avez-vous ?
Anne Belleville : j’ai 92 ans.
 

Q. : Avez-vous été mariée ?
A. B. : Oui je me suis mariée en 1951 mais je me suis séparée de mon mari en 1956, même si nous  n’avons jamais divorcé. Je n’ai jamais refait ma vie.
Quelques années plus tard il m’a demandé de  l’accompagner au Canada, car  son entreprise obligeait les familles des employés à les suivre pour donner une bonne image.

Q. : Combien avez-vous eu d’enfants ?
A. B. : J’ai eu deux garçons.

Q. : Quels changements dans la vie des femmes, quel droit obtenu vous a le plus marquée ?
A. B. : Je sais que ce n’est pas un droit au sens légal du terme mais ce qui m’a profondément marquée c’est de pouvoir enfin, et sans me faire juger, m’assoir au comptoir dans un café pour commander un expresso et le boire. Avant ça ne se faisait pas, une femme se devait de s’assoir en salle et d’attendre d’être servie. Finalement une femme ne pouvait pas être là où sont les hommes. C’était presque une mauvaise tenue.

Q. : Et le droit de vote ?
A. B. : Le droit de vote, ça ne m’a pas marquée...Je pense que j’ai trouvé cela tout à fait normal, normal, et comme c’était la fin de la guerre, nous avions l’esprit très occupé. Je me souviens par contre que les femmes demandaient à leur mari pour qui voter. Comme nous n’avions pas le droit de vote quand nous étions jeunes, personne ne nous apprenait comment fonctionnait la politique. Nous n’avions pas de formation. C’était tout un pan d’éducation que l’on ne nous donnait pas.

Q. : Vos parents vous ont-ils imposé un choix d’orientation pour vos études ?
A. B. : Oui et ça n’a pas marché. Après le Bac ils m’ont envoyée en Faculté de droit, où j’ai eu mon diplôme en deux ans. Ensuite ils voulaient que je fasse du secrétariat, pour rencontrer un directeur de préférence. Mais cela ne me plaisait vraiment pas et mon désir était de devenir médecin, ce qui horrifiait ma mère.

Q. : Pourquoi votre mère était contre ?
A. B. : Parce que ça ne se faisait pas. A mon époque, les femmes n’avaient pas le droit d’avoir de l’ambition. Vouloir faire médecine, par exemple, était très mal vu. Certains parents acceptaient, mais pas ma mère. Non. Et puisque je ne pouvais pas suivre les études de médecine, j’ai fait dles études d’infirmière. 

Q. : Et vous aviez des frères et sœurs ? 
A. B. : J’ai un frère plus jeune que moi.

Q. : A-t-il pu choisir son orientation ?
A. B. : Non, justement, mon père pensait qu’il prendrait la suite de l’entreprise familiale mais en réalité il a fait ce qu’il voulait.

Q. : Est-ce que la tenue de l’infirmière a évolué ?
A. B. : Quand j’ai commencé dans ce métier, nous portions des bas blancs, des chaussures blanches et un long tablier avec des manches longues Nous avions un béret qui s’envolait quand j’étais à vélo. Maintenant les infirmières sont à l’aise dans leurs uniformes et c’est beaucoup plus pratique.

Q. : Comme vous travailliez, comment faisiez-vous pour faire garder vos enfants ?
A. B. : C’était un sacré problème ! A tel point que j’étais parfois obligée de les emmener à l’hôpital avec moi. Tous les lendemains de vote les écoles étaient fermées pour désinfections, ou encore les institutrices se mettaient en grève. Qu’est-ce que l’on pouvait faire dans ces moment-là ?

Q. : Avez-vous grandi avec vos parents ?
A. B. : Ce sont mes grands-parents qui m’ont élevée jusqu'à mes 5 ans parce que j’étais une fille. Quand je suis née, c’était une catastrophe parce que je ne pouvais pas garder ni transmettre le nom de famille. A la naissance de mon frère, 5 ans plus tard, ils m’ont récupérée.

Q. : Pourquoi ne pouvaient-ils pas vous élever ?
A. B. : C’était une marque de désapprobation envers ma mère pour avoir fait une fille. C’était une façon de dire que c’était de sa faute mais que la famille ne lui en voulait pas trop.

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