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L’égalité professionnelle

Même dans l’enseignement, les femmes étaient plus nombreuses dans les petites sections tandis que les hommes s’occupaient des classes plus avancées, plus prestigieuses.

Danièle Priez, 80 ans et Cassandre

Cassandre : Quel âge avez-vous ?
Danièle Priez : Je vais avoir 80 ans. Je suis née en février 1935.

C. : Quel droit vous a le plus marqué ?
D. P. : Certainement le droit de vote. C’est une chose cruciale dans l’histoire des femmes. Concernant la contraception c’était déjà établi pour moi. On n’en parlait pas trop à mon époque, mais les femmes se débrouillaient.

C. : Quel âge aviez-vous quand les femmes françaises ont obtenu le droit de vote ?
D. P. : Quand j’ai voté la première fois, je savais que je servais mon pays, mais c’est une chose dont nous ne parlions pas chez moi. À l’époque où j’ai commencé à voter, la valeur du vote dans la démocratie n’était pas expliquée aux jeunes et surtout aux jeunes femmes. Vous savez, je viens d’un milieu modeste. En général les familles ne parlaient pas de ce genre de choses. Alors qu’aujourd’hui, la politique est un sujet plus partagé et la télévision aide à la compréhension.

C. : Comment avez-vous été concernée par la réforme sur la mixité ?
D. P. : Je suis allée dans une école mixte.

C. : Et avez-vous eu plus de professeur-e-s hommes ou femmes ?
D. P. : Dans l’enseignement, les femmes étaient plus nombreuses dans les petites sections tandis que les hommes s’occupaient des classes plus avancées, plus prestigieuses. On observait aussi que les hommes enseignaient plus souvent les mathématiques ou les sciences alors que les femmes s’occupaient des sciences humaines ou de littérature.

C. : Vous a-t-on imposé un choix d’études ?
D. P. : Mon souhait était de travailler dans la couture ou dans la mode, mais mes parents m’ont imposé d’aller dans le secteur commercial, car d’après eux, c’était un secteur où j’étais sûre de trouver un bon métier. Alors que mon grand frère est devenu dessinateur, comme il le souhaitait. Mes parents ont toujours été inquiets à mon sujet.

C. : Avez-vous été femme au foyer ?
D. P. : J’ai arrêté de travailler après la naissance de mon premier enfant, mais j’ai recommencé quand mon mari est parti. C’était mon mari qui m’avait dit d’arrêter de travailler.

C. : Comment avez-vous divorcé, sachant que le divorce par consentement mutuel ne date que de 1976 ?
D. P. : Je n’ai pas eu le choix, c’est mon mari qui est parti et a demandé le divorce. Vous savez, je me suis mal mariée. Maintenant, les jeunes font attention à tout avant de se marier, car ils veulent trouver la bonne personne. A 24 ans, mes parents m’ont poussée à me marier, en me disant que sinon j’allais rester toute seule. Ils avaient très peur que je ne trouve personne pour s’occuper de moi. Et pourtant, finalement, mon mari est parti et je me suis occupée de tout, toute seule. Attendez, je me suis trompée : je n’avais pas 24 ans mais 25 ans, parce que j’ai fêté les catherinettes. À mon époque, le 25 novembre, le jour de la sainte Catherine, connue comme la sainte patronne des célibataires, chaque jeune fille célibataire, traditionnellement dans le milieu de la mode et de la couture, devait porter un chapeau et une robe jaune et verte. Sa famille lui offrait aussi des cadeaux comme pour la consoler de devenir vieille fille.

C. : Est-ce que votre mère travaillait ?
D. P. : Ma mère ne travaillait pas, c’est mon père qui lui a dit qu’elle n’avait pas besoin de travailler et qu’elle s’occuperait des enfants. Mais moi, j’ai travaillé et pourtant ma vie était aussi complètement dévolue à mes deux fils. Je travaillais pour pouvoir les nourrir et je rentrais le soir pour m’occuper d’eux. Je ne sortais plus et mon seul moment de plaisir personnel c’était le dimanche, quand ils s’en allaient avec leur père et que je pouvais me reposer sur le canapé en regardant la télé.

C. : Donc leur père s’occupait encore de ses enfants après votre divorce ?
D. P. : Leur père était contraint par la loi de verser une pension alimentaire. Mais il s’est remarié avec une femme avec qui il partageait une entreprise, ce qui lui a permis de ne pas déclarer le montant réel de son salaire et de se déclarer comme un petit employé de l’entreprise. La pension alimentaire pour ses fils a été fixée sur ce salaire. Cet argent était pour ses enfants, et pourtant il souhaitait avoir à dépenser le moins possible.

C. : Pensez-vous que la vie des femmes soit plus enviable aujourd’hui ?
D. P. : Oui, sans aucun doute. Quand une femme se retrouvait seule pour élever ses enfants, c’était très dur à mon époque. Et quand je vois les hommes d’aujourd’hui, j’ai l’impression qu’ils aident beaucoup plus au foyer que ne le faisaient les hommes de mon temps. Même si l’égalité n’est pas encore là, les choses ont évolué dans le bon sens.

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