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L’égalité dans le couple

J’ai été éduquée suivant l’idée que c’était celui qui gagnait l’argent pour faire vivre la famille qui décidait. Comme je ne travaillais pas, nous n’étions pas à égalité, j’étais soumise à mon mari.

Micheline Loux, 88 ans et Alexandre

Alexandre : Quel âge avez-vous ?
Micheline Loux : J’ai 88 ans, je suis née en 1927.

A. : Avez-vous été mariée ?
M. L. : Oui, j’ai été mariée deux fois. La première fois j’avais 19 ans, j’étais encore mineure (la majorité était à 21 ans) et il a fallu organiser une réunion de famille pour m’autoriser à me marier. J’ai divorcé en 1952 pour me remarier en 1963. Je n’ai eu qu’un enfant de mon premier mariage à cause de problèmes de santé.

A. : Avez-vous eu une activité professionnelle ?
M. L. : Oui j’ai travaillé dans des compagnies d’assurance. C’était aux moments où je me suis occupée seule de mon fils, après mon premier divorce et ensuite après mon second divorce. Quand je me suis remariée, mon second mari avait aussi eu un enfant d’un premier mariage, alors je me suis arrêtée de travailler pour pouvoir les élever tous les deux. C’était une décision commune et qui me paraissait naturelle car j’ai été élevée dans l’idée que la place de la femme était au foyer.

A. : Votre mère était aussi femme au foyer ?
M. L. : Mes parents sont décédés très tôt mais j’ai toujours vu mon père travailler et ma mère à la maison. Heureusement qu’à 12 ans je savais déjà faire la cuisine, et la lessive, car quand ma mère est décédée en 1939, j’ai été obligée d’arrêter mes études pour m’occuper de la maison à sa place. J’ai été propulsée dans ce rôle sans avoir d’autre choix. Tu sais, Alexandre, c’était l’époque de la guerre ce qui n’a rien aidé. Pour pouvoir manger, il fallait faire de longues files d’attentes, pour acheter quelques rutabagas. C’est ce qui m’a poussée à devenir une femme au foyer. Comme mon père travaillait, personne d’autre ne pouvait s’en charger. Mais cela m’a paru naturel et je n’ai pas eu envie de partir ou de faire autre chose, parce que j’avais été éduquée comme ça.

A. : Comment faisiez-vous pour garder votre fils quand vous avez repris le travail ?
M. L. : Quand j’ai divorcé la première fois, j’ai été obligée de prendre un emploi pour élever mon fils et j’étais très malheureuse de devoir le laisser à sa grand-mère paternelle. J’allais le voir tous les soirs. Avoir seule la charge d’un enfant ça a été très dur, il m’a fallu sacrifier les moments que je voulais passer avec lui pour qu’on ait de quoi vivre.

A. : Vous êtes-vous sentie en position d’égalité avec vos maris ?
M. L. : J’ai été éduquée suivant l’idée que c’était celui qui gagnait l’argent pour faire vivre la famille qui décidait. Comme je ne travaillais pas, nous n’étions pas à égalité, j’étais soumise à mon mari. Mais cela ne me dérangeait pas. C’était évident qu’il devait décider et je me pliais à ses décisions. Mais vous savez, tout dépend des couples, comment chacun et chacune ont été élevés et quels sont les modèles qu’ils ont eus. Tout est une question d’éducation.

A. : Quelles sont les avancées du droit des femmes qui vous ont marquée ?
M. L. : Je me souviens bien du droit de vote, juste après la guerre par l’impulsion du général de Gaulle. Mais je n’étais pas encore majeure. C’était bien sûr très important d’aller voter et je me souviens de mon frère venant me chercher en voiture pour aller voter. Un autre droit qui m’a beaucoup marquée c’est celui d’avoir un compte en banque sans l’autorisation d’un mari. Mais il est vrai que j’avais la chance d’avoir un mari compréhensif qui m’avait donné la procuration sur un compte joint. Grâce à lui, je n’ai pas été lésée mais je suis consciente que c’était parce qu’il le voulait bien. Je sais que ce n’est pas pareil pour nous toutes mais moi, personnellement, je n’ai pas souffert d’être une femme.

A. : Vous n’avez jamais subi d’injustices ?
M. L. : Si, quand je travaillais, je gagnais bien moins que mes homologues masculins. Je travaillais autant qu’eux et même avec la même expérience nous n’étions pas considérés de la même façon.

A. : Vous auriez-souhaité faire carrière ?
M. L. : Non, je n’ai pas eu d’ambition pour mon travail parce que je ne pouvais pas, de par mon éducation et à cause des évènements qui ont marqués mon enfance.

A. : Comment avez-vous accueilli la libre circulation de la contraception ?
M. L. : J’ai trouvé que c’était très bien pour le droit des femmes. Ce sont les femmes qui portent les enfants et qui les mettent au monde. Avoir le choix du moment et des circonstances pour le faire, c’est très important.

A. : Pensez-vous que ça ait changé le comportement des femmes ?
M. L. : Oui la contraception a libéré les femmes.

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