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L’avortement

L’avortement était pratiqué bien avant la loi Veil, mais les femmes vivaient dans l’angoisse. Elles risquaient leur vie.

Nicole Fiel, 85 ans et Christine

Christine : Quel âge avez-vous ?
Nicole Fiel : J’ai 85 ans.

Ch. : Avez-vous été mariée ?
N. F. : Oui, je me suis mariée en 1954. J’ai eu 2 enfants. Et j’ai divorcé en 1965. J’ai eu une vie parsemée de toute part. Mais une vie indépendante. J’ai eu envie de témoigner sur le sujet des Droits des Femmes pour dire justement, qu’à l’époque de ma jeunesse, les femmes qui avaient envie de se battre, pouvaient s’en sortir seules et vivre librement. On n’a pas attendu toutes ces lois sur les femmes pour être libres de faire ce qu’on veut. Il y a toujours eu des femmes libres.

Ch. : Mais, par exemple, la loi sur le divorce n’était pas la même en 1965 qu’aujourd’hui, cela a dû être compliqué pour vous de divorcer ?
N. F. : Cela a pris du temps (plus de deux ans) mais ça s’est très bien passé. Je ne me suis jamais remariée. Je voulais rester libre. Certaines choses étaient plus compliquées. Ainsi, à l’époque, une femme mariée n’avait pas le droit d’avoir un compte en banque. Le père de mes enfants avait ouvert un compte pour moi, mais il avait mis une assurance pour lui. Alors moi, j’ai ouvert un compte au nom de ma soeur.

Ch. : Jusqu’en 1965 également, les femmes n’avaient pas le droit de travailler sans l’autorisation de leur mari.
N. F. : Moi j’ai toujours travaillé. J’ai travaillé pour l’OTAN et ensuite pour la compagnie aérienne TWA. La chance que j’ai eue, c’est que ma mère a pu s’occuper de mes enfants pendant que je travaillais. Parce qu’à l’époque, il n’y avait pas de crèche ni aucune aide pour la garde des enfants.

Ch. : Quelle avancée concernant les droits des femmes vous a le plus marquée ?
N. F. : Le droit à l’avortement. Là encore,les femmes n’ont pas attendu qu’on leur « donne le droit ». Elles l’ont pris. L’avortement était pratiqué bien avant la loi Veil. Mais les femmes vivaient dans l’angoisse. Elles risquaient leur vie. Les hommes, ce n’était pas leur problème. Ils ne voulaient pas savoir. Moi, avant la loi, j’ai avorté 5 fois, toute seule dans ma chambre. Mais lors de mon dernier avortement, j’ai fait une hémorragie et j’ai dû être hospitalisée. On m’a stérilisée, à 40 ans.

Ch. : Avez-vous milité en faveur de la loi sur l’avortement à l’époque ?
N. F. : Je n’étais pas très informée sur ce sujet, mais si j’avais su, oui, j’aurais milité pour l’avortement. Depuis toujours, les femmes ont dû se débrouiller toutes seules. Je sais qu’entre la naissance de ma soeur et la mienne, ma mère a eu des avortements, car elle ne voulait pas avoir une famille de je ne sais combien d’enfants. Et nos grands-mères avaient une astuce, elles utilisaient le beurre de cacao ! Elles l’utilisaient comme contraceptif. Les femmes n’avaient peut-être pas de droits mais elles se sont toujours débrouillées. Elles suivaient leurs chemins. En tout cas, celles qui le voulaient, qui ne se laissaient pas aller.

Ch. : Qu’avez-vous ressenti quand les femmes ont obtenu le droit de vote en 1944 ?
N. F. : Le droit de vote, ça m’était indifférent. Je pensais que le vote des femmes ne changerait rien. À l’époque, je pensais que quel que soit le gouvernement pour lequel on votait, cela nous conduisait toujours à la guerre ! Donc, pendant au moins 15 ans jen’ai pas voté. Il n’y a qu’une vingtaine d’années que je vote. Et puis, en 1944, on sortait de la guerre. Personne n’était sûr d’être en vie le lendemain. La seule question que je me posais c’était de savoir comment trouver de quoi manger. Il y avait encore les tickets de rationnement. Non, vraiment, le droit de vote des femmes, à l’époque, ce n’était pas mon problème.

Ch. : Ne pensez-vous pas, justement, que si les femmes avaient eu le droit de vote bien avant, il y aurait eu moins de guerre ?
N. F. : Non, absolument pas. Les femmes n’auraient pas pu empêcher ça.

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