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Choix de carrière ou vie de famille

J’ai dû faire des sacrifices pour allier vie de famille et vie professionnelle. Je n’avais plus aucun loisir en dehors de mon travail et de mon foyer.

Jaqueline Fuchs, 90 ans et Célia

Célia : Quel âge avez-vous ?
Jaqueline Fuchs : 90 ans, je suis née en 1924.

C. : Avez-vous été mariée ?
J. F. : Oui, deux fois, une première fois en 1944 et une seconde en 1960. J’ai eu trois enfants du premier mariage et ma dernière en 1962.

C. : Quel âge aviez-vous quand vous avez voté la première fois ?
J. F. : J’ai voté pour la première fois en 1945, à 21 ans.

C. : Quel a été votre sentiment ?
J. F. : J’ai pensé que c’était tout à fait normal que les femmes aient le droit de vote.

C. : Que pensaient les gens de votre entourage sur le droit de vote ?
J. F. : Tu sais, mon premier mari était italien, de ce fait il n’avait pas le droit de vote. (rires) Pour le vote, j’ai toujours suivi mon idée, je n’ai jamais cédé aux opinions de quiconque. Je votais pour la personne que je voulais.

C. : En tant que femme avez-vous pu continuer vos études aussi longtemps que vous le souhaitiez ?
J. F. : Malheureusement non, j’ai commencé à travailler comme ponceuse de pierre à 13 ans, à peu près à ton âge. Nous n’avions pas d’orientation, ce sont mes parents qui m’ont trouvé un emploi pour avoir un revenu supplémentaire. Tu sais Célia, j’ai beaucoup pleuré, il fallait aller à la rivière pour chercher l’eau même l’hiver quand il faisait froid.

C. : Avez-vous eu des difficultés à concilier vie de famille et vie professionnelle ?
J. F. : Ce n’était pas toujours évident. Quand mes enfants allaient à l’école, je les accompagnais prendre le car et ensuite je prenais mon vélo pour aller travailler chez Jazz, à Puteaux, où je m’occupais du matériel téléphonique. Le chef de service m’avait permis de commencer à 8h30 et je récupérais mon heure le midi.

C. : Avez-vous fait des sacrifices ?
J. F. : J’ai dû faire des sacrifices pour allier vie de famille et vie professionnelle. Ce n’était pas évident. Je ne faisais plus de sortie, plus rien en dehors de mon travail et de mon foyer.

C. : Avez-vous subi des discriminations sur votre lieu de travail ? Agressions, harcèlement sexuel, … ?
J. F. : Non jamais, mais heureusement.

C. : Comment auriez-vous réagi ?
J. F. : Je me serais certainement défendue. Un jour, un collègue m’avait demandé de le remplacer une semaine pour qu’il puisse partir en vacances, en me promettant de me rendre la pareille plus tard et c’était en accord avec la direction. Mais ce collègue n’est jamais revenu et quand j’ai demandé que l’on me paye cette semaine de travail, cela m’a été refusé. Mais je me suis battue pour obtenir ce salaire. Quand on n’a rien à se reprocher il faut savoir se défendre.

C. : Avez-vous fait partie d’un mouvement pour les droits des femmes ?
J. F. : Non, étant donné que j’assumais seule les responsabilités de la famille, je n’avais plus de temps pour cela.

C. : Justement comment faisiez-vous pour assumer le statut de « chef de famille » réservé à cette époque à l’homme dans un foyer ? Le chef de famille était toujours le mari à l’époque ?
J. F. : Mon premier mari n’a jamais rien versé après le divorce et j’ai élevé mes enfants seule. Je considère que c’était mon droit de diriger tout, comme au fond c’était moi qui avait les responsabilités. C’est bien difficile pour moi de répondre car je me suis toujours sentie « la cheffe » de famille.

C. : Pensez-vous que la vie des jeunes filles est plus enviable aujourd’hui ?
J. F. : Je ne sais pas si la vie des femmes est plus enviable aujourd’hui. Mes petites-filles font ce qu’elles veulent, elles travaillent toutes et ça c’est une bonne chose. Je les ai toujours encouragées à travailler. Pour être heureux dans la vie il faut être aimé, aimer les autres et travailler.

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