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Commémoration du 8 mai 45

"L’histoire ne se répète pas en ce sens qu’elle n’a pas pour fonction de prophétiser le futur, mais de nous interroger sur notre identité présente et commune forgée par elle", Christian Dupuy a commémoré, ce mercredi, avec l'ensemble de l'équipe municipale, rassemblé autour de la flamme de la Résistance, au Mont-Valérien, la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie, le 8 mai 1945. Retrouvez le discours du Maire de Suresnes.

Discours

"C’est avec une émotion très particulière que je commémore avec vous le 74e anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie face aux alliés.

C’est en effet la dernière fois que je suis amené à évoquer en tant que maire le souvenir de ces jours tragiques et héroïques où s’est joué le destin de notre nation et de notre continent.

Depuis mon élection en 1983, j’ai eu à cœur lors des cérémonies du souvenir, d’honorer la mémoire des combattants des deux guerres mondiales, d’associer à l’hommage ceux qui leur ont succédé, et j’ai tenté, en évoquant ces pages d’histoire, de comprendre comment les épreuves du passé ont forgé notre destinée et notre identité commune. 

C’était le devoir que me faisait mon mandat de maire, de surcroit à Suresnes, ville où est inhumée Bertie Albrecht au sein de la crypte du Mémorial de la France combattante, et où Missak Manouchian, Honoré d’Estienne d’Orves, Gabriel Peri, André Bloch, et tant d’autres ont été fusillés à la forteresse du Mont-Valérien.

C’était le commandement que me faisaient mes valeurs, profondément patriotiques.

C’était aussi l’appel que me faisait le souvenir des miens : de mon grand-père, tombé pour la France dans les tranchées de la Somme ; de mon père, orphelin de guerre, à l’âge de 16 mois, qui combattit dans l’armée de l’air française dès 1939 et rejoignit ensuite le camp de la France libre où il participa aux combats contre les forces de l’Axe et à la reconstruction de la République française en tant que directeur de la justice de l’Air au sein du gouvernement provisoire du Général de Gaulle.

D’une guerre à une autre, d’une génération à une autre, les destins individuels et collectifs se succèdent et se croisent. Si à l’image de mon père, les soldats de 40 avaient dû reprendre les armes 21 ans après la Première Guerre mondiale, qui aurait dû être la « der des der », c’est qu’après s’être imposés par les armes les alliés n’avaient pas su gagner la paix.

La Seconde Guerre mondiale, a ainsi écrit l’historien Claude Quétel «n’a pas puisé ses causes dans la guerre d’avant puisque c’est la même qui a repris comme un incendie mal éteint  ».

L’aveuglement, l’impréparation la discorde se sont conjugués pour mener à la défaite la France, submergée par la puissance militaire ennemie, et livrer les Français aux souffrances de l’occupation.

Pourtant quand le 8 mai 1945, les représentants du Haut commandement allemand entrent dans la villa du quartier berlinois de Karlshorst où les attendent les chefs militaires alliés, le Général Jean de Lattre de Tassigny est présent aux côtés du Maréchal Gueorgui Joukov, du General Carl A. Spaatz et de l’Air Chief Marshal A. W. Tedder.

Le Generalfeldmarschall, Wilhelm Keitel s’en étonne : «Quoi? Les Français aussi! »

Si la France est là parmi les vainqueurs, quand à 23h01, heure de  Berlin, Keitel signe l’acte de capitulation, elle le doit à ces hommes et ces femmes de toutes convictions, qui, comme mon père, malgré l’effondrement militaire, le choix de l’armistice et la logique de collaboration, incarnés par le Maréchal Pétain, malgré la suprématie militaire nazie, malgré l’isolement, la traque et la torture, ont choisi au péril de leur vie, de refuser la servitude et d’entrer en résistance au sein des Forces Françaises de l’Intérieur (les FFI) ou dans les Forces Françaises Libres (les FFL).

Elle le doit à tant de valeureux qui refusaient de se voir en héros, mais agissaient souvent comme tels, et tout particulièrement à deux d’entre eux.

Au Général de Gaulle qui dès le 18 juin 1940, avait tracé les facteurs et les conditions de la victoire finale dans un appel visionnaire que peu entendront, mais qui résonnera jusqu’à la libération. « Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire  ».

Et elle le doit à Jean Moulin qui en unifiant les mouvements de résistance au travers du Conseil national de la Résistance donnera à la France libre et combattante, et à son chef, le crédit lui permettant de surmonter les scepticismes et les oppositions alliés et, en figurant au nombre des vainqueurs, de conserver son indépendance et la maitrise de son destin.

Au cœur de l’effondrement national se sont dressés des Français trop isolés, souvent inexpérimentés, séparés par les conditions comme par les convictions, mais unis par le refus de la soumission

«  Le tout, c’est de vivre conformément à l’honneur et à l’idéal qu’on se fait. » écrivit alors Bertie Albrecht.  L’idéal de ces résistants de l’intérieur ou de la France libre consistait à défendre la liberté avant de protéger leur vie.

Leur détermination fit écho, en France occupée, à celle que Winston Churchill démontrait dans ces heures sombres quand l’Angleterre seule résistait à la déferlante des armées nazies sur l‘Europe asservie, détermination qu’il avait résumée avec lucidité dès 1938 : « L a guerre est horrible, mais la servitude est pire  ».

En paraphrasant l’hommage célèbre rendu en 1940 par le Premier ministre anglais aux pilotes de la Royal Air  Force, « Jamais dans l'histoire des conflits tant de gens n'ont dû autant à si peu  », on pourrait dire aussi de ces résistants qui s’étaient levés dès la première phase de l’occupation que jamais dans leur histoire tant de Français ne durent autant à si peu.

Beaucoup tombèrent,  d’autres prirent leur place, qu’ils aient cru au ciel ou qu’ils n’y aient pas cru, qu’ils soient venus de métropole ou du Sénégal, du Vercors ou des Aurès, pour combattre et contribuer, à leur façon, à faire triompher le Bien sur le Mal. 

Car c’est bien là la spécificité profonde de ce conflit.

Par la mort et les ruines qu’elle a semées, par la nature de ses horreurs et plus encore par la négation de l’homme qu’elle a portée, la Seconde Guerre mondiale  a profondément bouleversé les consciences. La Première Guerre mondiale avait appliqué la puissance de l’industrialisation au concept de guerre totale. La seconde a fait de la haine absolue le moteur d’une machine de mort dont les civils furent les premières victimes : 30 millions sur les 50 millions de morts du conflit. L’abomination a culminé dans l’extermination ciblée, méthodique, bureaucratique et mécanique des Juifs d’Europe. Six millions d’hommes, de femmes et d’enfants, traqués, parqués puis assassinés. La même surpuissance du mal condamna aussi à l’anéantissement 220.0000 Tsiganes mais aussi les homosexuels, les handicapés, ainsi que tous ceux qui s’opposaient à sa barbarie.

C’est pourquoi ce conflit imprègne si profondément encore nos références communes, en France et en Europe tout particulièrement.

Nous sommes encore les bénéficiaires de la victoire du 8 mai 1945. Il nous appartient d’en demeurer de dignes héritiers.

C’est pourquoi le premier devoir que nous fait ce jour de souvenir c’est de nous inspirer avec détermination et lucidité de ceux qui ont rendu possible la victoire contre la barbarie, pour la liberté et pour les droits humains, c’est de rester fidèles aux valeurs de respect, de justice, de démocratie, de dialogue et de tolérance, pour lesquelles tant d’entre eux ont fait le sacrifice de leur vie, c’est de faire nôtre et de partager , l’histoire, le patrimoine, la culture de la France et les valeurs de la République.

Force est de reconnaitre que nous ne sommes pas toujours à la hauteur et que nous pouvons donner l’impression de l’être de moins en moins.

Championne du pessimisme, experte en divisions, la France se donne bien des raisons de douter d’elle-même, et l’actualité nous en offre des illustrations avec une récurrence désespérante.

Il semble parfois que se délitent ces valeurs, communes au point d’en être tacites, qui fondent notre société et notre nation, tandis que s’affirment les communautarismes d’origine ou de convictions, les ressentiments et les intolérances, le rejet complotiste du savoir, la justification goguenarde de la violence comme moyen de revendication et l’affirmation décomplexée du racisme, du sexisme, ou de l’homophobie.

Cette dérive inquiétante des comportements et des références nous affaiblit collectivement alors que les menaces économiques, idéologiques et stratégiques semblent n‘avoir jamais été si nombreuses à se conjuguer.

Pourtant, il ne faut jamais désespérer de l’homme, de la France et de l’idée démocratique.

Souvenons-nous que notre pays, et les valeurs de liberté et d’espérance se sont au cours de l’histoire relevés de revers plus grands et ont su trouver les ressources pour surmonter les défis de leurs temps.

Si je remémore et m’en tiens à la seule année de mon premier mandat de maire, en 1983, à bien des égards le monde n’était pas plus sûr et l’avenir pas plus rassurant qu’aujourd’hui.

Entre Est et Ouest, en pleine crise des Euros missiles, la guerre froide semblait n’avoir jamais été si chaude et l’Europe si divisée, pacifistes à l’ouest et missiles à l’est comme le résumait le Président Mitterrand.

Le terrorisme frappait : au Liban contre les soldats français et américains, ou en France lors de l’attentat d’Orly ou encore celui de la rue des Rosiers.

À l’est du rideau de fer, les peuples étaient maintenus sous le totalitarisme soviétique et si Lech Walesa s’était vu remettre le prix Nobel de la Paix, il avait été empêché de venir le recevoir. Entre Iran et Irak un conflit faisait rage qui allait faire 800.000 morts dans une indifférence mondialisée.

En France, deux ans après l’arrivée d’une majorité socialiste et communiste au pouvoir, l’alternance politique inquiétait encore, et l’économie, affectée par le second choc pétrolier et l’échec de la politique de relance, était engluée dans la « stagflation », entre forte inflation et croissance économique quasi nulle.

Ces défis ont été surmontés, dépassés ; certains se sont prolongés, de nouveaux sont apparus. Ils devront  à leur tour être vaincus.

L’histoire ne se répète pas en ce sens qu’elle n’a pas pour fonction de prophétiser le futur, mais de nous interroger sur notre identité présente et commune forgée par elle.

C’est en refusant le sectarisme et les idéologies totalitaires, en construisant en Europe une réconciliation amicale cimentée par les valeurs communes et confortée par la puissance économique que nous avons tourné le dos à une histoire jalonnée d’affrontements, et que nos nations ont pu peser entre Est et Ouest d’abord puis dans le contexte de la mondialisation.

«Il faut allumer les grandes dates comme on allume les flambeaux  » écrivait Victor Hugo.

C’est  pourquoi brûle à Suresnes  la flamme de la résistance au Mémorial de la France  combattante,  c’est pourquoi  l’on commémore  à travers  la France  la grande date du 8 mai 1945.
 C’est pourquoi il nous appartient, inspirés par ce souvenir, de rallumer sans cesse le flambeau de l’espérance, de notre foi dans la France, dans l’Europe, de notre attachement aux valeurs héritées des lumières.
 C’est pourquoi nous n’avons d’autre choix que de faire prévaloir le goût de l’empathie et le sens du dialogue dans les débats qui nous occupent ou nous agitent, de susciter le don de soi, le partage des intelligences et de préserver la volonté d’avancer ensemble.

Cela commence à l’échelle modeste, mais essentielle de la commune, j’en ai la conviction forgée par 36 ans d’action publique à Suresnes et j’ai la certitude que notre ville saura, comme notre pays, être fidèle à son histoire et ses accomplissements.

 

Vive la République !

Vive la France !

Vive l’Europe réconciliée !

Vive la Paix !"

 

Christian Dupuy,
Maire de Suresnes

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