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L’égalité des salaires

Après la loi de 1972, mon entreprise a fait semblant de mettre les salaires des hommes et des femmes au même niveau, puis l’écart s’est reformé par le biais de primes attribuées seulement aux hommes.

Charlotte Doebs, 94 ans et Alexandre

Alexandre : Quel âge avez-vous ?
Charlotte Doebs : 94 ans, je suis née en 1920, bientôt centenaire !

A. : Êtes-vous mariée ?
C. D. : Non, je suis célibataire. Je suis toujours restée libre (rires).

A. : Quelle avancée concernant les droits des femmes vous a le plus marquée, ou a le plus marqué votre vie ?
C. D. : C’est le droit de vote, parce que c’est une chose qui a été attendue très longtemps, qui a été retardée à plusieurs reprises. Je crois que le droit de vote c’était une chose vraiment très importante. Dès que j’ai eu le droit de voter, j’ai voté. Et je l’ai toujours fait, même quand je ne pouvais pas me déplacer physiquement, je faisais une procuration pour me permettre de toujours voter. La première fois, pour les municipales du 29 avril 1945, j’avais 25 ans et j’ai ressenti une grande fierté.

A. : Qu’en pensaient les gens dans votre entourage ?
C. D. : Ma mère était contre. Ma mère n’a jamais voté de sa vie et n’imaginait pas que je puisse le faire. J’avais une mère très spéciale. Elle trouvait que ce n’était pas utile aux femmes de voter. Sinon, du côté masculin de ma famille, il n’y a pas eu d’opposition.

A. : Que pensez-vous de la mixité dans l’éducation ?
C. D. : À mon avis la mixité c’est très bien pour les enfants quand ils sont petits mais dès l’instant qu’ils commencent à grandir et qu’ils entrent au collège, je pense qu’il serait préférable de séparer les garçons et les filles pour favoriser la concentration, et reprendre la mixité seulement à l’université.

A. : Vos parents vous ontils imposé un choix d’orientation pour vos études ?
C. D. : Ce ne sont pas mes parents qui ont choisi mon orientation, c’est moi qui ai fait les choix dans la mesure du possible. À cause de la guerre, mon père a perdu sa situation. Alors j’ai changé de voie d’études pour être à la hauteur et trouver un bon travail, mais par manque de moyens je n’ai pas fait les études que je voulais.

A. : Quelle loi vous a le plus marquée dans le cadre de l’égalité professionnelle ?
C. D. : L’Égalité des salaires, qui n’a jamais été faite. Je me souviens que, quand la première loi est passée en 1972, la direction du laboratoire où je travaillais m’avait mise à égalité avec le chef comptable. Ça n’a duré que quelque mois parce que, très vite, il a été augmenté par le biais de primes ou d’indemnisations auxquelles je n’avais pas droit. Ce décalage s’est reformé. L’égalité des salaires entre les hommes et les femmes n’existait pas, et n’existe toujours pas aujourd’hui encore.

A. : Comment étaient réparties les tâches ménagères ?
C. D. : Je vivais avec ma mère et elle faisait les tâches ménagères à 90% et moi à 10%. C’est-à-dire que mes parents ont eu beaucoup de problèmes de santé très tôt alors c’est moi qui, très vite, ai travaillé pour pouvoir subvenir aux besoins de la famille. Donc je travaillais et elle s’occupait du foyer. J’ai
commencé à travailler à l’âge de 17 ans et je n’ai pas arrêté depuis.

A. : Quels sont les enjeux des droits des femmes aujourd’hui ?
C. D. : Essayer d’atteindre l’égalité des salaires. Arriver à endiguer le harcèlement sexuel, mais c’est tellement réprimé que ça va sûrement enfin diminuer.

A. : Est-ce que la vie des femmes est plus enviable aujourd’hui ?
C. D. : Je pense que pour les femmes d’aujourd’hui la vie est plus enviable sur les questions qui touchent à la sexualité, grâce à la contraception et à l’IVG. Mais d’un autre côté j’ai l’impression qu’elles ne sont plus respectées comme elles l’étaient autrefois. Autrefois les hommes étaient beaucoup plus
romantiques.

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